Interview Lawrens GODON -FFAP - Lawrens Godon
Self-taught, Lawrens Godon plays with Magic, Prestidigitation, Sleight-of-hand, Illusionism since 30 years. The modern techniques of Manipulation for Stage Magic, Parlor and Close-up don't have any secret for him. Today Lawrens is among the most talented and appreciated magicians when it comes to Coin Manipulation and Crystal Ball Illusion.
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Interview Lawrens GODON -FFAP

  |   Interview   |   No comment

B

onjour Laurent. Beaucoup de magiciens te connaissent déjà. Peux-tu cependant nous en dire un peu plus sur toi ?…Quel a été ton premier contact avec le spectacle et plus particulièrement avec la magie ?

Bonjour Serge !
A l’age de huit ans, mon premier contact avec la magie a aussi été une empreinte indélébile…Je n’oublierai jamais ce magicien du cirque « Bonjour » de Jean-Baptiste Thiérrée et Victoria Chaplin. C’était à Avignon en 1972 et je revoie encore un des tours qu’il faisait : il tenait un carré en métal qui, lorsqu’une bulle de savon le touchait, se transformait en cercle ! Il faut dire aussi qu’à cette époque je baignais complètement dans le milieu du théâtre et des performances de rue, avec entre autres Philippe Caubère, qui vivait à la maison, mais aussi des membres du « Magic Circus » de Jérome Savary tels que Maxime Lombard, Jean-ClaudeBourbault…Je participais activement à leurs délires de rue, souvent à des heures où les enfants dorment profondément.
Le virus du spectacle était bien présent !

2 – Qu’est-ce qui t’a plu dans la Magie, au point de l’avoir choisie comme passion puis comme activité principale ? Quand as-tu décidé de devenir professionnel ?

Au cours d’un déménagement, je découvre au grenier, tout poussiéreux, un livre de prestidigitation ! Je ne le possède malheureusement plus, mais il y avait « Magie Blanche » dans le titre. C’est ainsi que j’ai découvert le tour des Gobelets, et la manière de pétrir soi-même les muscades dans le liège…mais aussi l’Empalmage et le Tourniquet. Ce qui me plaisait dans cette pratique, c’était la sensation physique des objets dans les mains. L’odeur des muscades pétries dans le feu… Aujourd’hui encore je peux ressentir cet effet « madeleine de Proust » et replonger dans le passé en évoquant ces moments. Je pouvais garder une balle ou une pièce à l’empalmage des heures durant jusqu’à l’oublier. A l’école, cela me rendait « spécial » et on me sollicitait souvent, juste pour faire disparaître une pièce (mes tours fétiches étaient la pièce reliée à un tirage élastique dans la manche et l’épingle de sûreté qui traverse à vue un petit morceau de bois).
Petit à petit, je me suis procuré quelques livres de prestidigitation, principalement chez Jean- Pierre Hornecker et j’ai travaillé mes bases avec le plaisir de la découverte et de l’apprentissage, et ce sentiment indicible de savoir que l’on est en train d’apprendre quelque chose de SECRET, que très peu de gens connaissent…la sensation de faire partie de quelque chose, même si en fait j’étais tout seul ! C’est au hasard des séjours en pension et des déménagements que j’ai atterri près de Grenoble en 1984, une année importante puisque je rencontrais des magiciens pour la première fois ! Grâce à Albert Charra et tous les membres de la F.F.A.P. j’ai vécu des moments extrêmement magiques et inoubliables : La soirée exceptionnelle en compagnie de Philippe Fialho, sa maitrise des tours de Fred Kaps et la nuit de la magie qui s’ensuivit sont des souvenirs impérissables…
Par la suite, j’ai de nouveau changé de région et passé un BAFA d’animateur en collectivités, métier que j’ai exercé quelque temps ; Comme je me retrouvais le plus souvent à faire de la magie, j’ai abandonné l’animation pour me consacrer entièrement à la discipline.

3 – Parle-nous de ta rencontre avec Jean-Pierre Vallarino et Carlos Vaquera. Quelle influence ont-ils eu sur toi, sur ta manière de travailler ?

En 1995, je vivais dans le Var et un jour j’apprends que Jean-Pierre Vallarino donne des cours au sein de son école de magie à Nice. Mon sang ne fait qu’un tour, je répète mes routines et me jette à l’eau : rendez-vous est pris. Le jour J, avec le trac que tu peux imaginer, je me présente devant le Maitre et un de ses amis, pour faire une démonstration en vue d’une évaluation de mon niveau. Je donne le meilleur de ce que je faisais à l’époque en pièces, et le verdict tombe :

« Mais qu’est-ce que tu veux que je t’apprenne ? »

C’est tout le problème de l’autodidacte : on travaille selon son inspiration et ses capacités, mais on n’a pas forcément de repères, à part les livres (je parle bien sûr pour ma génération, où l’Internet grand public n’existait pas)… Ce jour-là j’ai présenté un festival de routines de pièces, allant de Chris Kenner à Gary Kurtz en passant par David Williamson…d’un haut niveau technique. Ce fut le début d’une belle amitié et de nombreuses collaborations avec Jean-Pierre, les plus marquantes étant le voyage à Buenos-Aires, à l’occasion du congrès Bazaar de Magia, et la rencontre de David Roth, l’écriture de son livre Concerto en Pièces Majeures, etc… On se réunissait souvent à plusieurs pour traduire, décortiquer et expérimenter des routines, des textes ou des idées. En fait, ce qui m’a tout de suite fasciné dans la magie de JPV, c’est la grâce dégagée par ses mains. Elles semblaient (et semblent toujours !) animées d’une vie propre. Je lui en ai souvent parlé, j’avais même en projet d’écrire un essai sur ce sujet : quand les mains parlent d’elles-même…
Je sais que mes mains ont aussi tendance à se comporter de manière « autonome », et je travaille dans ce sens. Le jour où j’ai rencontré Carlos fut aussi très important pour moi, car il m’a donné une direction de travail dans la magie des pièces. En effet, après avoir fait une démonstration de «The Coins in Champagne Glass » de Dai Vernon, il m’a fait comprendre que bien que fantastique, cette magie appartient au passé.
Qu’il ne s’agit plus de la reproduire, mais bien d’en tirer les enseignements pour élaborer une magie personnelle. Inutile de te dire que cela m’a mis un bon coup de fouet !

4 – Très vite tu t’orientes vers la magie des pièces. Mais avant cela, as-tu pratiqué d’autres formes de magie ? Finalement, comment en es-tu arrivé à créer le Dynamic Back Thumb Palm ? A propos…pourquoi lui avoir donné un nom anglais ?

Effectivement, j’ai beaucoup travaillé dans la rue, avec les classiques principalement, comme les Anneaux Chinois, les Gobelets, et aussi la Magie du Feu…au sens littéral, c’est à dire sans truquage, avec mon corps : avaleur de feu, insensibilité au feu, cracheur de feu, mais aussi avec des classiques comme la Flamme Volante d’Alpha et le Panier Indien Enflammé. Nous avions un spectacle basé sur le feu qui tournait bien.
Parallèlement, je travaillais beaucoup dans le milieu du Close-Up évènementiel sur la Côte d’Azur, avec un répertoire varié, cordes, bague, cartes, etc… Par la suite, des expériences sur scène dans des cabarets m’ont permis d’expérimenter des routines spécifiques, comme la Boule Zombie, les Anneaux Volants à la manière de Viktor Voitko…
Mais les pièces restent mon dada !
L’idée du Dynamic Back Thumb Palm m’est venue en cherchant une méthode plus « moderne » de tenue de départ. En effet, dans de nombreuses descriptions la pièce est pratiquement toujours tenue entre
l’index et le majeur avant la mise à l’Italienne Arrière. C’est en fouillant dans les techniques de disparition d’une pièce que j’ai trouvé mon bonheur : « The Retention Clip Vanish » de David Williamson, décrit par Richard Kaufman dans Williamson’s Wonders, page 9, m’apportait toutes les réponses ! Je voulais aussi tenter de faire évoluer cette passe ; je sentais qu’il y avait un potentiel inexploré, sans parvenir à mettre le doigt dessus : le déclic est venu en travaillant avec les mains devant moi, à hauteur de poitrine, et non plus sur le côté. Par la suite, en observant une routine de Jean-Pierre intitulée « Rub Plus », je trouvais une
idée d’application pour ma trouvaille. Dans sa routine, trois pièces disparaissent l’une après l’autre en main droite, pour être retrouvées dans l’autre main. La routine utilise le Pincement Arrière (Back Clip), ce qui la place dans la catégorie « Magie Debout », c’est à dire avec le magicien et les spectateurs debout (configuration cocktail). J’ai donc naturellement adapté la routine de Jean-Pierre sur un plan vertical, avec une utilisation intensive du Dynamic Back Thumb Palm… J’ai donné un nom anglais à cette technique après avoir décidé de faire un DVD qui ciblerait le milieu magique international…mais rassure-toi : Le nom de la technique commence à circuler en tant que DBTP : c’est facile à prononcer en français.

5 – Le « Contact Juggling » est très à la mode actuellement. Tu en as été l’un des précurseurs parmi les magiciens. Je me souviens d’ailleurs de ta remarquable prestation à la Colombe d’Or en 2006 (je crois). Qu’est ce qui t’a attiré dans cette technique de jonglage ? Et selon toi, pourquoi suscite-t-elle un engouement aussi important chez les jeunes magiciens ?

Merci, en fait c’était en 2007…Un congrès absolument exceptionnel, il suffit de voir la liste des pointures invitées pour s’en persuader : John Carney, David Williamson, Lennart Green, Guy Hollingworth, Michael Ammar, Jean-Jacques Sanvert…et j’en oublie ! Je m’en souviens aussi car j’ai décroché un 2ème prix en Close-Up, en grande partie grâce à mes fameuses balles cristal. Je vois de plus en plus de magiciens qui incorporent un passage de jonglage de balle cristal dans leur numéro. Des pointures comme Armando Lucero, Garrett Thomas ou Reed McClintock ne s’y sont pas trompé et utilisent aussi le potentiel de cet objet fantastique. Personnellement j’ai commencé l’étude de cette forme de jonglerie en 2006, complètement fasciné par la beauté intrinsèque que dégagent ces balles d’un genre particulier : elles ont tendance à « hypnotiser » les spectateurs, qui arrivent à en oublier que le manipulateur est là ! De plus, j’ai été séduit par la simplicité du propos : créer l’illusion avec une simple boule de cristal. Je me suis trouvé immédiatement une grande affinité avec l’objet, et mes progrès furent assez rapides : à peine un an après mes débuts je présentais partout où c’était possible une routine de Contact Juggling. Mais ce n’est qu’aujourd’hui que mon numéro professionnel est pratiquement prêt, cinq ans après mes débuts… Je pense que les jeunes magiciens voient dans cette discipline une possibilité d’être original, de se détacher du reste des magiciens. Je voudrais les mettre en garde : le Contact Juggling est un art à part entière, il faut du temps pour le maîtriser ! Placer un ou deux mouvements classiques ne suffit pas pour créer l’originalité, d’autant que les maîtres sont passés avant nous. Michael Moschen est le créateur de cette merveilleuse illusion, il faut donc étudier son travail sous toutes les coutures. Il faut aussi rechercher les origines historiques multiples de cet art, bien avant les balles cristal…

6 – On parle beaucoup de « Magie Nouvelle » en ce moment. Que penses-tu de ce « concept » ? Comment te situes-tu par rapport à celui-ci ?

Je ne suis pas très bon pour les théories…tout ce que je peux dire, c’est que je ne vois pas
l’utilité de renommer un art ? Se démarquer en apportant un sang neuf, par contre, n’a jamais fait de mal à personne. Personnellement je ne souhaite pas que mon travail soit estampillé : si je fais ce que je fais, c’est parce que toutes mes expériences passées et présentes m’y conduisent, voilà tout, c’est simple, mais c’est aussi le fruit de nombreuses années consacrées à cet art. Même d’avant-garde, une étiquette reste une étiquette, et cela est toujours réducteur. Maintenant, si un représentant de la « Magie Nouvelle » vient me voir avec une proposition, une idée, une amélioration, je n’aurai absolument aucune raison de le rejeter, si tant est que je peux rester moi-même.

7 – Après avoir longtemps travaillé seul, tu as finalement rejoint l’Amicale F.F.A.P. de Grenoble. Fort de cette double expérience, que conseillerais-tu à un magicien débutant pour se perfectionner en magie ?

Il est très difficile de répondre objectivement à ta question, car en ce qui me concerne il s’agit
des années 80 ! Autant dire un autre monde… Le fait de travailler seul ne me gênait pas outre mesure, car cela correspondait bien à mon caractère, plutôt solitaire et indépendant. Quand j’ai rejoint l’équipe de Grenoble, j’ai pris conscience du « vrai » monde des magiciens, du métier qu’il y a derrière. Ils donnaient des conseils, mais pas trop à la fois, et surtout adaptés à notre niveau. Mais aujourd’hui, avec l’accès immédiat à l’information, cela est-il encore valable ? Je pense tout de même qu’il est bon pour un magicien débutant de prendre conseil auprès des aînés, au sein d’un club ou d’une amicale, mais à une condition : il faut avoir fait ses devoirs, appris les bases et connaître un minimum le sujet. Surtout, un débutant doit prendre conscience de l’immensité du domaine qu’il s’apprête à étudier. La prestidigitation ne se limite pas à la manipulation des cartes ! Savoir rester humble devant un telle richesse est très important et ouvre des portes.
Il y a des auteurs d’ouvrages de magie avant David Stone ! (je dis cela sans aucune animosité, je respecte David et son formidable apport à la magie ; c’est juste navrant de constater que de nombreux jeunes magiciens s’arrêtent de penser…avant d’avoir commencé !). « La Magie est la Reine des Arts »…une définition un peu oubliée de nos jours, dans le sens où il est rare d’y retrouver d’autres arts !
Un bon conseil aux magiciens débutants : nourrir son imagination par l’ouverture aux autres disciplines comme le théâtre, le dessin, la musique… Autre chose, une des meilleures écoles qui soit est celle de la rue : le jugement du passant est impitoyable, on sait très rapidement ce qui fonctionne ou pas. Sans parler des merveilleuses rencontres que l’on y fait, et des opportunités insoupçonnées qui peuvent se présenter…
Enfin, je dirais que le voyage, la découverte d’autres cultures magiques est un formidable vecteur d’ouverture d’esprit.

8 – Penses-tu qu’Internet soit une bonne chose pour la Magie ? Selon toi, aujourd’hui, en magie, quels sont les principaux dangers d’Internet pour un jeune ? Et si l’on en considère le rapport bénéfice/risque, celui-ci te semble t-il positif ?

Bon ou pas, l’Internet est là, et c’est la réalité d’aujourd’hui. Il faut donc composer avec les
aspects positifs et négatifs de ce média. Positivement, l’accès quasi-instantané à l’information est une bénédiction lorsqu’on cherche une référence ou une source. La contre-partie serait la solution de facilité que représente cet accès, principalement pour un débutant qui ne s’intéressera pas à l’ORIGINE d’une technique ou d’un tour…ce qui pour moi est une hérésie ! Chaque magicien est le maillon d’une chaine qui remonte loin, loin dans le passé et le patrimoine commun de l’humanité. En tant que tel, et par respect pour ceux qui nous ont transmis leur savoir, nous nous devons de faire circuler les sources et les noms des créateurs lorsqu’ils sont connus. Pour en revenir à l’Internet, une facette très dommageable est la tentation de la copie. C’est pour cela que j’encourage les jeunes magiciens à étudier AUSSI dans les livres : ce n’est pas juste un discours de gens d’une autre époque, des vieux comme ils disent ! Il y a une raison fondamentale à cela : lorsque l’on étudie dans un livre, on force le cerveau à se faire une image mentale PERSONNELLE de ce que l’on est en train de déchiffrer. Ce qui en ressortira sera forcément une interprétation de ce qui est écrit, et c’est cela qui est intéressant : respecter absolument les restrictions d’une technique et l’interpréter avec ses propres gestes et sa propre sensibilité. Le danger d’internet (ou de la vidéo par voie de conséquence) est insidieux car souvent, un jeune aura l’impression d’apprendre quelque chose, alors qu’il ne fait que copier un autre magicien. Comment dès lors laisser s’exprimer sa personnalité, quand c’est celle d’un autre qui est imitée ?
Donc selon les termes de ta question concernant le rapport bénéfice/risque, je dirais qu’il est positif pour un jeune si celui-ci est accompagné, guidé, conseillé par un magicien plus avancé ; tout seul face à l’Internet, le jeune magicien n’en tirera probablement pas grand bénéfice, avec le risque de passer à côté de sa personnalité magique.

9 – Tu viens de sortir un DVD : Moneypulation Vol.1 (ce qui signifie qu’il y aura une suite), et tu proposes parallèlement une Master Class. Dis-nous en un peu plus sur l’un et l’autre. D’ailleurs tu as opté pour la Master Class plutôt que pour une conférence classique. Pourquoi ?

Effectivement, il y aura au minimum une suite à ce DVD, car j’ai tellement à montrer qu’il est impossible de tout présenter dans un seul volume. En fait, je me suis rendu compte que le DBTP est un système complet de manipulations de pièces ! Toutes les passes classiques peuvent être adaptées, ainsi que de nombreuses routines classiques de magie des pièces verticale. J’ai eu de très bonnes critiques sur ce travail, particulièrement dans Genii Magazine (numéro de juin 2011) et sur Virtual Magie. Moneypulation Vol.1 est maintenant distribué dans le monde entier, via Murphy’s Magic et French Drop, la boutique japonaise de mon ami Masaharu Shimohara, plus connu sous le nom de Ponta the Smith. Dans le volume 2, on trouvera entre autres applications l’adaptation du DBTP au « Cylindre et les Pièces », routine classique s’il en est. Il y aura un chapitre poussé sur les apparitions/transferts/disparitions à 3 et 4 pièces. J’ai aussi prévu d’y adjoindre un index complet des passes présentées, reprenant aussi celles du 1er DVD, toujours dans un souci de référencement et de crédit. J’en profite d’ailleurs pour remercier toutes les personnes qui m’ont aidé à repérer l’Italienne Arrière dans l’histoire de la magie des pièces. Le compagnon idéal du DVD, c’est la Master Class, ou Workshop, ou Atelier. En effet, je n’ai pas de gimmick, pas de tours à vendre, ce que je propose c’est mon approche de la manipulation des pièces, et pour cela je préfère partager et échanger avec les magiciens pièces en mains ! La première a eu lieu à Grenoble chez Magic Events début avril et je n’ai eu que des retours positifs, particulièrement de la part des magiciens soucieux à propos des angles dans ce genre de manipulation. Ils sont repartis convaincus qu’il est possible et conseillé d’utiliser le DBTP dans la plupart des situations (l’exception étant les conditions de cocktail, et encore…). Bref, une super expérience, la prochaine est programmée au mois d’octobre à Paris, dans les locaux de l’Antre Magique.

10 – Depuis quelque temps, chaque mois un débat est lancé sur le site de la F.F.A.P. puis un compte rendu proposé dans la revue. Ce mois-ci, le sujet traite du rapport entre les magiciens professionnels et les magiciens amateurs. Peux-tu nous faire partager tes réflexions sur la question ?

Au-delà de l’éternel débat « Amateur versus Professionnel », je dirais que le professionnel est celui qui a pris conscience que pour mener à bien son projet, il aura besoin d’une équipe, de talents et de savoir-faire qu’il ne maitrise pas. Je pense au metteur en scène, à l’éclairagiste, au costumier, à l’administration, bref à tous ces corps de métier incontournables qui font qu’un numéro, un spectacle est professionnel. Le magicien professionnel ne peut cumuler toutes les casquettes ! Je suis tenté de reprendre une citation d’un grand monsieur de la Magie et du spectacle, Abdul Alafrez : « Le magicien est pratiquement le seul exemple dans les arts vivants du type qui travaille tout seul et qui, en plus, en est fier. » Il y a bien sûr des exceptions, je ne cherche pas à généraliser, mais reconnaissons quand même qu’il y a un souci quant à la perception de la magie par le public…non ?

11 – Et si je te dis : “Peut-on faire de notre Passion notre métier…” ?

Bien sûr ! Je fais ici un distinguo entre passion et vocation. Un amateur ayant un métier peut faire de la magie par passion, un professionnel (dans le sens évoqué plus haut) ira jusqu’au bout de sa passion, il ne vivra que par elle et pour elle, parce que c’est sa vocation… Avec les hauts et les bas que cela implique, car une vocation n’apporte pas forcément la sécurité, à l’inverse d’une profession. En tout cas, quelle belle aventure !

12 – Ton pire moment de magie ?

Je suis invité à présenter une illusion à la télévision, dans l’émission « 40° à l’ombre » de Vincent Perrot ; Le tournage a lieu en extérieur à Arcachon, et je présente les Sables du Désert, un beau classique de la magie. Tout se passe bien, jusqu’au moment où je transforme l’eau claire en encre noire : du fait de la température (il faisait effectivement pas loin de 40° à l’ombre !), l’eau est devenue orange ! Je suis en direct, pas moyen de reculer, et dans quelques secondes je vais déposer au fond de mon aquarium le secret de ce merveilleux mystère. Je me dis que les magiciens français vont me haïr, après un tel débinage ; mais je prends sur
moi et je vais jusqu’au bout. Un fois la séquence terminée, je fonce en régie pour constater l’ampleur des dégâts… Ô miracle, la belle couleur orangée était quand même assez foncée, et on ne voyait pas le
truc ! Je peux t’assurer que ce jour-là, j’ai transpiré, mais pas seulement à cause de la seule chaleur !

13 – Ton meilleur souvenir magique ?

Je suis en Inde, il fait nuit, je viens d’achever avec trois collègues un spectacle de magie/musique/jonglage dans un bidon-ville de la banlieue de Pune. Il y a 2500 personnes, partout autour et au-dessus de nous, et pas un son, pas un bruit. Je me dis : « Bon, c’est une catastrophe, ils ont détesté, on va se faire lyncher… » Petit à petit, de minuscules petits cailloux nous atteignent, lancés depuis les toits ; puis c’est une véritable pluie de graviers qui arrive, en même temps que les applaudissements et les cris de joie ! C’était leur manière à eux de nous remercier. Sueurs froides, mais un beau moment, inoubliable.

14 – Tes projets magiques ?

Je peaufine avec toute l’équipe les détails de mon numéro de scène. En parallèle, je finis d’écrire le programme de Moneypulation Vol.2, qui verra le jour en 2012. Et toujours, lectures et études des grands maîtres, un voyage sans fin dans la connaissance de notre art.

15 – Qu’est-ce que la magie pour toi, aujourd’hui ?

La magie aujourd’hui représente pour moi la maîtrise des outils du rêve éveillé, la possibilité d’emmener le spectateur vers un ailleurs où le réel s’estompe le temps d’un numéro. Je ne prétends pas véhiculer de message autre que celui du merveilleux, amenant ainsi mes spectateurs dans une bulle où l’impossible prend vie et où la poésie s’exprime par les mains et les objets manipulés.

Merci Laurent !
Merci à toi Serge, et à toute l’équipe de la revue de m’avoir permis de m’exprimer !

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